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Des livres

Je la déteste, mais je l’aime

La mélancolie de Zidane Un dénommé Jonah voyageait depuis dix-sept ans. Il prétendait ne plus porter de chaussures depuis au moins dix ans et était intarissable sur l’importance de ne pas perdre le contact avec le sol, au sens plantaire de l’expression ; au sens figuré, il l’avait perdu depuis belle lurette, le contact, et pas avec la poussière. Il disait aussi que chaque fois qu’il rencontrait un mendiant, il préférait l’embrasser plutôt que de lui filer une pièce.

Il pouvait tenir audience pendant des heures devant une petite cour de déficients cérébraux, contant des histoires de maladies, de larcins, d’overdoses et d’infections des nougats. Ces anecdotes n’étaient qu’une tactique pour s’attirer un auditoire plus important et d’attaquer alors son sujet de prédilection : une Théorie Unifiée de l’Inde.

“L’Inde, dit ce soir-là Jonah, est en même temps la plus belle et la plus horrible des nations, et les Indiens sont les plus doux et les plus violents de tous les peuples de la Terre.”

Une hippie américaine prénommée Belle, toujours affublée d’un pantalon de treillis, l’interrompt. “L’Inde, elle dit, est un beau pays mais, avouons-le les mecs, ses habitants sont nuls à chier. Ils sont tous obsédés par le fric. Ils cherchent toujours à te soutirer quelque chose. Ils pensent à rien d’autre que vendre et acheter.

- T’as pas gratté sous la surface, sister, intervient Ing, un Scandinave plus maigre qu’une victime de la famine mais qui passe son temps à bouffer. (Le ténia, d’après Liz). Le commerce, c’est rien qu’un emballage plastique de supermarché autour du riche tapis de l’histoire de l’Inde. J’veux dire, ce pays a été envahi tant de fois, mais il a toujours su préserver sa culture. Le capitalisme est le dernier envahisseur en date et, quand il aura été vaincu comme les autres armées, on retrouvera le même peuple mystique qui a toujours vécu ici.

- En tout cas, faut reconnaître que c’est pas cher, ici, a dit Brian, un Ecossais. C’est même vraiment bon marché.

- Mais… comment c’est ton nom, déjà ? a bredouillée Belle.

- Ing.

- Ing ?

- Ing.

- Mais Ing… le capitalisme ne disparaîtra pas comme les autres envahisseurs. Cette fois, l’Inde a perdu la guerre. C’est son esprit même qui est en train de mourir. Seul un idiot peut prétendre que l’Inde est encore un pays mystique.

- En Angleterre, reprend Brian, une banane coûte vingt pennies, mais ici on peut acheter un régime de quinze bananes pour moins de trente roupies. Ca fait une sacrée économie.

- N’oublions pas, déclare Burl, le petit ami de Belle, que l’Inde ne s’est jamais remise de la colonisation britannique. Il faudra deux ou trois générations de plus avant que les Indiens se respectent de nouveau eux-mêmes. D’ici là, il sera peut-être trop tard.

- J’aime ici, dit Jonah. Et je déteste ici.” Et que je te hoche la tête avecgravité.

“Moi, dit Ing, je déteste ici, mais j’aime ici”. Et de dodeliner du chef avec encore plus de gravité, ce qui déplaît à Jonah, qui essaie d’en rajouter dans le hochement pénétré. Mais ça ne donne pas l’effet escompté, parce que ça se voit qu’il n’est pas content de s’être fait coiffé sur le poteau. Et d’une tête. Alors il se retire du combat des braves, pour se rouler un autre joint.

[...]

“C’est génial, non ? me murmure Liz à l’oreille, son visage tout animé.

- C’est que du blabla de crétin certifié, si tu veux mon avis”.

William Sutcliffe, Vacances indiennes [Are You Experienced ?] (1997, 2003).

Discussion

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  1. Dialogue des gens égarés, perdus dans leurs egos démesurés qui ont oublié ce que le mot vivre signifie mais heureusement que la discussion se terminé par des mots d’espoir.

    Posté par soule | 24 août, 2009, 12:02