// Un peu d'aventure...

Des gens

Sainte Zinaïda

Pour aller vite, on pourrait dire que Zinaida a deux amours : son pays et Paris. Son pays, plus que la Russie, c’est la Bouriatie, une des Républiques les plus pauvres de la Fédération de Russie. Paris, c’est la ville qu’elle me fait découvrir en me racontant ses dizaines (!) de visite au Louvre et dans les autres musées parisiens.

Elle est prof de français à l’université d’Oulan-Oude depuis longtemps déjà. Auparavant, elle y enseignait l’allemand (et traduit de l’anglais vers le russe aussi, à l’occasion). Elle possède une immense culture de la littérature française. Pas la peine d’essayer de l’impressionner avec votre prétendue connaissance d’Albert Camus (« vous savez, il y a une très bonne biographie de Camus écrite par Olivier Todd… » « oui, mais ce n’est pas la meilleure. Si vous prenez par exemple celle de… ») (et toc !).

Elle a passée un an en France, à Orléans, dans un lycée. Tous les week-ends sans exception, elle venait à Paris et logeait à l’hôtel pour visiter la capitale. Ainsi, quand on posait comme question au temporaire lecteur de français que je fus l’espace d’une semaine à Oulan-Oudé : « Comment c’est Notre-Dame ? », je suis obligé de demander à Zinaida ! Son amour pour la langue et la culture française est tel qu’on a l’impression qu’elle leur a dévoué sa vie. Comme disait Albert Camus, sa patrie, c’est (aussi) la langue française dont elle semble être une véritable missionnaire.

Son salaire est de 7000 roubles par mois, soit environ 160 euros, sachant qu’une chambre d’hotel à Oulan-Oude coute 900 roubles, un repas dans le seul (et mauvais) restaurant de sushi 600 roubles. Autant dire une misère.

Comme d’autres Russes, elle est relativement satisfaite de la période actuelle au niveau politique. Elle compare Poutine à l’époque de l’Union soviétique sous Brejnev (les années 1960-1970) et Elstine à Gobartchev. Avec les premiers, le pays se tenait, alors qu’avec les seconds, c’était le bordel. C’est d’autant plus intéressant que ces propos sont soutenus par une « intellectuelle ». Pendant l’URSS, nous dit Zinaida, les salaires, certes faibles, étaient payés. Le rapport à la culture était tout autre (les prix des places d’opéra ou de théâtre était ridiculement bas), comme celui à l’éducation. Concernant ces secteurs, elle trouve qu’il y a une régression.

Il faut dire qu’à la fin des années 1990, si le pays connaissait ses premiers sursauts démocratiques, les salaires étaient souvent payés avec retard. La Russie n’avait plus le prestige et le respect qu’elle pouvait avoir sur la scène internationale du temps de l’URSS. Le crach de 1998 n’a rien arrangé.

Les échanges qu’on peut avoir avec les Russes, sans prétention d’exhaustivité, invitent à nuancer l’opposition entre la « mauvaise » URSS, le « bon » Gorbatchev avec sa pérétroskia et Poutine qui annihile l’élan démocratique des années 1990. Bien sûr, reconnaît Zinaida, l’URSS (comme Poutine) fut plus que déficiente de ce point de vue là. Mais sans doute faut-il croire que la démocratie est un luxe que l’on peut se permettre à partir d’un certain niveau de vie. Ce que veulent d’abord « les gens », c’est déjà « vivre » correctement : pouvoir manger, se déplacer, travailler…

Discussion

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  1. attention, il y a plusieurs fautes d’orthographe: notamment Elstine est en fait Eltsine, et il faut écrire perestroika et non pérétroskia… Sans doute un moment de fatigue dans ce si long voyage. Pardonné donc.

    Posté par v soulé | 21 avril, 2009, 16:04